Mort de Ali Khamenei, la fin de l’oppression en Iran?
mars 5, 2026 | by Lysandre Chaabi
Ali Khamenei, le guide suprême de l’Iran qu’il dirigeait d’une main de fer depuis 1989, est mort le 28 février dernier lors du début de l’opération militaire coordonnée par les États-Unis et Israël. Depuis, le monde est captivé par ce conflit, se demandant quels sont les véritables objectifs des États-Unis et d’Israël, mais également quel sort sera réservé au peuple iranien. La mort de son tyran signifie-t-elle vraiment la fin de son oppression ?

Depuis la prise de pouvoir en 1989 d’Ali Khamenei, l’Iran s’est tourné vers un régime de plus en plus autoritaire. Les symboles de cet autoritarisme sont notamment le culte autour de la personnalité de Khamenei, mais également son contrôle des médias et son oppression envers son propre peuple, notamment à l’aide du Corps des gardiens de la révolution islamique.

Le régime des mollahs repose également sur un système élitiste. Tout est fait pour que le pouvoir reste entre les mains des élites du pays. Un système qui rappelle les dires de Pierre Bourdieu sur la reproduction des élites se basant sur le capital culturel, social et économique. En Iran, la reproduction des élites se base sur le capital religieux. Les candidats sont sélectionnés par des institutions religieuses, les décisions finales reviennent à une petite élite religieuse et le Guide suprême a le dernier mot sur tout.
Amnesty International, dans un rapport, a confirmé que le régime iranien réprimait les libertés d’expression et de manifestation. L’Organisation des Nations unies, quant à elle, confirme que les femmes y sont traitées comme des citoyens de seconde classe. Selon leurs rapports, 17,6 % des femmes iraniennes déclarent avoir subi des violences physiques ou sexuelles. Le pays n’hésite également pas à utiliser la violence pour assurer son pouvoir. AP News a recensé pas moins de 975 exécutions dans le pays en 2024, soit le niveau le plus élevé depuis 2015.
L’intervention américaine et israélienne sera-t-elle suffisante pour sortir le pays de l’oppression ?
Non, elle ne sera pas suffisante. Donald Trump l’a dit lui-même : seul le peuple iranien peut renverser le pouvoir en place. Face à un régime fragilisé, la question se pose de savoir si le peuple iranien peut agir. Seulement, le peuple iranien a déjà essayé de se faire entendre : sans succès. Le 16 septembre 2022, Mahsa Amini meurt après avoir été arrêtée pour ne pas porter correctement le voile. Le pays, en colère, avait alors cherché à se faire entendre et de grandes manifestations eurent lieu. Le mouvement se nommait “Woman, Life, Freedom” et beaucoup de femmes et d’hommes sont allés manifester sans leur voile dans le but de ne plus avoir l’obligation de le porter et afin de dénoncer la répression politique du régime. 550 personnes perdirent la vie dans ces manifestations, dont 68 mineurs, et plus de 14 000 personnes furent arrêtées. L’ONU avait publié un rapport dénonçant des meurtres, de la torture ainsi que des arrestations arbitraires. Il paraît donc naïf d’imaginer aujourd’hui que le peuple iranien peut renverser le régime tant la peur est présente dans la population. Depuis la mort de Khamenei, toute célébration de sa mort, d’ailleurs, est sévèrement réprimée.

De plus, le plan américain présente des similarités avec leurs interventions au Venezuela lors du début de l’année et qui avaient abouti à la capture de Maduro, un autre dirigeant totalitaire. Seulement, après sa capture, les États-Unis ne sont plus intervenus dans le pays, laissant le peuple vénézuélien en proie à la succession de Maduro, qui a par ailleurs réprimé sérieusement toutes les célébrations. Cette mort de Khamenei ressemble donc beaucoup à un cadeau empoisonné pour le peuple iranien, le plaçant dans une situation extrêmement complexe : ne rien faire et accepter de se faire opprimer, ou se soulever maintenant et braver la peur au prix de sa vie. Le problème est ici que les Iraniens n’ont pas demandé à être dans cette situation. Le but des États-Unis avec l’Iran est pour le moment trop flou pour y distinguer un quelconque objectif, mis à part l’arrêt du programme nucléaire iranien. Peut-être cherchent-ils à renverser le régime des mollahs, peut-être ne voulaient-ils que la mort de l’homme qui a dirigé le pays d’une main de fer pendant plus de 30 ans, ou alors cherchent-ils un possible contrôle du détroit d’Ormuz ? Les actions américaines sous l’administration Trump cherchent surtout à faire passer un message : nous pouvons atteindre n’importe qui, n’importe quand. Ces actions américaines n’ont peut-être que plongé les Iraniens au centre d’une tempête incontrôlable.

Selon les dernières informations, c’est Mojtaba Khamenei, le fils de Khamenei, qui devrait être nommé nouveau guide suprême de l’Iran. Son influence dans le régime est importante et il serait logique de le voir suivre la politique menée par son père. Un autre nom est également ressorti, celui de Reza Pahlavi, petit-fils du dernier shah d’Iran, Mohammad Reza Pahlavi, renversé lors de la révolution islamique de 1979. Ce dernier, opposant au régime, vit en exil aux États-Unis et se dit prêt à revenir en Iran pour diriger le pays. Donald Trump a émis des doutes sur la capacité de Pahlavi à diriger le pays étant donné son manque d’expérience politique et l’absence de garantie que le peuple l’accepterait. Ali Larijani, acteur politique majeur du régime iranien, est également un candidat sérieux à la succession de Khamenei. La transition du pouvoir sera assurée par le président iranien Massoud Pezeshkian, le chef du pouvoir judiciaire Gholamhossein Mohseni Ejei et Alireza Arafi, un haut dignitaire religieux.
Une chose est sûre, le régime iranien devra faire face à de nombreuses menaces. En dehors de sa guerre contre les États-Unis et Israël, le régime devra gérer une population divisée entre fidèles et opposants du système. Des milliers de personnes prorégime se sont toutefois rassemblées à Téhéran, brandissant des drapeaux iraniens tout en scandant « mort à l’Amérique ».
Une autre menace qui émerge face à l’instabilité politique du pays est le rôle des Kurdes. Ces derniers auraient reçu des armes de la part d’Israël et des États-Unis afin de fragiliser le régime. Mustafa Hijri, le leader du parti kurde en Iran, a déclaré qu’une alliance entre minorités du pays existait et que, si nécessaire, ces derniers pourraient s’engager dans une lutte armée avec le régime iranien.
L’Iran se retrouve aujourd’hui face à une situation qu’il n’a pas choisie. La mort de Khamenei et l’intervention américaine et israélienne ont ouvert une période d’incertitude politique majeure pour le pays. Si l’objectif est réellement de permettre au peuple iranien de sortir de l’oppression, alors encore faut-il lui donner les moyens de le faire. On ne peut pas attendre d’une population marquée par la peur et la répression qu’elle se soulève seule face à un régime encore puissant.
Mais cette situation doit aussi pousser les puissances occidentales à s’interroger sur leur propre rôle. Une fois de plus, l’Occident semble espérer voir émerger une démocratie conforme à ses propres valeurs. Pourtant, comme le rappelait Winston Churchill, la démocratie est un système imparfait, elle n’est seulement que la meilleure option a notre disposition. La véritable question est donc peut-être ailleurs : pourquoi ne pas laisser les Iraniens décider eux-mêmes de leur avenir ? On ne peut pas déclencher un événement aussi majeur et ensuite attendre simplement qu’un peuple désarmé et terrorisé trouve seul la force de changer son destin. Si un changement doit avoir lieu, il doit venir du peuple iranien. Mais ce peuple ne doit pas être abandonné au milieu d’une tempête qu’il n’a jamais demandé à affronter.

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