Depuis l’arrestation de Maduro dans la nuit du 2 au 3 janvier 2026, Donald Trump cherche à faire passer un message : les États-Unis peuvent renverser un gouvernement avec une facilité déconcertante. Alors que le monde ne sait toujours pas comment les choses vont évoluer dans une année déjà intense, on peut se demander quel virage prendra le monde cette année.

Un retour en arrière pour l’Amérique ?
Les États-Unis ont longtemps été, et sont toujours, critiqués pour leurs interventions militaires ayant suivi la Seconde Guerre mondiale, que beaucoup considèrent comme illégitimes et ne servant que les intérêts américains, et non ceux du monde. On peut notamment illustrer cette idée en évoquant leurs interventions au Vietnam ou dans le Golfe, à deux reprises, dont celle de 2003, dont les impacts sur le monde sont encore visibles.
Cette intervention américaine au Venezuela affirme la volonté de Donald Trump de faire passer un message : les États-Unis restent la première puissance mondiale. Pour le président américain, il s’agit de montrer que les États-Unis ont toujours le pouvoir d’agir comme bon leur semble partout dans le monde et de renverser quiconque se trouverait sur leur chemin, comme Maduro. Évidemment, on ne peut réellement imaginer que les États-Unis aient le pouvoir de faire de même en Chine, en Russie ou en Corée du Nord. L’idée est ici d’agir comme la brute de l’école : s’en prendre aux plus faibles afin de se faire respecter dans tout l’établissement. Il n’y a pas besoin, pour la brute, de s’attaquer au joueur de rugby de l’école pour s’imposer. Il y a donc une certaine hypocrisie dans la politique américaine.
Ce retour de l’interventionnisme américain peut également être vu comme un caprice de Donald Trump, qui souhaite rester dans les livres d’histoire. On sait que le président américain rêve d’atteindre la stature de George Washington ou d’Abraham Lincoln, des héros nationaux ayant bâti leur réputation dans la guerre. Si l’on faisait une comparaison un peu osée, cela pourrait rappeler les ambitions de Mussolini de devenir un nouveau César ou Auguste, ou encore celles de Hitler de régner sur l’Europe tel Napoléon ou Bismarck.
Les États-Unis pourront plaider qu’il s’agissait de renverser un dictateur arrivé au pouvoir illégitimement et qui maltraitait sa population. Il est vrai que Maduro manipulait les élections, avait dissous l’Assemblée nationale, réprimé toute forme d’opposition et avait réussi à faire d’un pays possédant certaines des ressources les plus riches du monde un État en faillite, faisant chuter son PIB de près de 80 %. Oui, les Vénézuéliens ont des raisons d’être soulagés de ne plus voir à la tête du pays un tyran. Mais ce bonheur promis par les Américains et leur président sonne étrangement faux. Donald Trump l’a lui-même déclaré : les entreprises pétrolières américaines vont s’implanter dans le pays. Le Venezuela détient 303 008 000 000 de barils de réserves de pétrole prouvées en 2025, se classant premier mondial et représentant environ 17,17 % des réserves mondiales totales.

De plus, le nouveau gouvernement vénézuélien, mené par Delcy Rodríguez, mène une répression importante depuis la capture de Maduro. Elle a signé un décret visant à arrêter toute personne célébrant l’attaque américaine, en s’appuyant notamment sur des groupes paramilitaires. Elle a également fait arrêter quatorze journalistes, dont onze travaillant pour des médias internationaux. Une nouvelle preuve que cette intervention américaine n’avait aucune ambition humanitaire.

Et maintenant ?
Le monde réalise désormais que les petits États ne sont plus à l’abri d’une invasion militaire, comme il avait commencé à le comprendre en 2022 avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Mais désormais, qui peut arrêter Donald Trump ? Comment ne pas imaginer qu’il ne finira par aller « botter les fesses » d’autres pays d’Amérique latine, comme il le suggère de manière à peine cachée à propos de la Colombie ? Comment croire que même le Danemark, pourtant membre de l’Union européenne, ne finira pas par lui céder le Groenland, territoire que Trump affirme devoir être annexé pour des raisons de sécurité nationale ? Une sécurité nationale qui rime tout de même beaucoup avec le mot pétrole. Son ambition de s’emparer du Groenland ressemble même à une menace : il a déclaré dans The Atlantic que le Venezuela ne serait peut-être pas le dernier pays à subir une intervention américaine.
Une autre question se pose : que vaut réellement l’Union européenne ? Pour l’instant, pas grand-chose. Emmanuel Macron s’est dit ravi de la capture de Maduro sans condamner la forme de cette arrestation, par crainte de fâcher le président américain. Un président américain qui n’hésite pas à se moquer de lui, affirmant qu’il « est un gars sympa mais qui n’a pas souvent raison ».

L’Europe voit désormais l’un de ses États membres, le Danemark, sous la menace d’une invasion militaire de la part de son plus proche allié. La Maison-Blanche poursuit sa propagande à propos du Groenland, affirmant une nouvelle fois qu’il s’agit d’une question de sécurité nationale. Or, le Groenland figure parmi les territoires disposant des réserves potentiellement exploitables de terres rares critiques les plus importantes au monde. Simple coïncidence…
On pourrait alors imaginer que l’Europe sorte de l’influence américaine et se reconstruise enfin une réputation solide. Or, l’Europe n’est aujourd’hui que moquée sur la scène internationale et incapable de défier les ambitions américaines, russes ou encore chinoises. La grande Europe n’est peut-être aujourd’hui qu’un professeur moqué par tous, y compris par ses élèves. On peut toutefois espérer que les récentes rumeurs affirmant que la France et ses alliés prendraient leurs distances avec les États-Unis soient fondées, et qu’une prise de conscience ait réellement eu lieu chez nos dirigeants. Emmanuel Macron a mis en garde la Maison-Blanche contre des « conséquences en cascade sans précédent » si les États-Unis venaient à s’emparer du Groenland. La France, le Danemark et la Suède ont également envoyé de petits détachements militaires au Groenland, officiellement pour un entraînement face au grand froid.
On peut également se demander quelle serait la réaction du Kremlin face à cette nouvelle hostilité européenne envers son ennemi américain, que Poutine observe avec attention. Donald Trump a déclaré que le Groenland devait passer sous contrôle américain, car la Russie ou la Chine finiraient par s’y intéresser et que seuls les Américains pourraient empêcher cela. Face à l’envoi de troupes de l’OTAN au Groenland, le Kremlin s’est par ailleurs dit très inquiet. Il ne serait pas surprenant de voir, à l’avenir, la Russie commencer à estimer que, pour sa sécurité nationale, le Groenland devrait lui revenir également .
Un autre facteur à prendre en compte est le message envoyé par les États-Unis à la Russie et à la Chine. Si les États-Unis peuvent intervenir de la sorte, alors la Russie de Poutine peut agir de même en Ukraine et la Chine pourra s’emparer de Taïwan. Les États-Unis n’auront plus la légitimité de condamner ces actions et l’Europe n’aura aucun pouvoir sur ces États. De plus, ces pays chercheront constamment à se défier, à repousser chaque jour un peu plus les limites, jusqu’à ce que l’un d’entre eux pousse le bouchon un tout petit peu trop loin et que la guerre éclate.

Une dernière question se pose : que vaut réellement le droit international ? Donald Trump l’a lui-même affirmé : il n’en a rien à faire. Le droit international n’est aujourd’hui qu’un ensemble de textes rassurant les dirigeants pacifistes, mais n’effrayant en rien les autres. Si les États-Unis peuvent intervenir ainsi sans être sanctionnés, nous retournons dans un monde où la guerre est à nos portes, un monde où les États n’osent plus dire stop, que ce soit à Trump, à Poutine ou à Netanyahu pour ne citer qu’eux . C’est comme assister de nouveau à la conférence de Munich de 1938, où l’on se contente de fausses promesses pour se rassurer. Le monde s’enfonce ainsi un peu plus dans l’incertitude, dans la peur de voir les événements du siècle dernier se répéter. Aujourd’hui, les propos du général de Gaulle n’ont peut-être jamais été aussi vrais :
« La vérité, c’est que les Américains finiront par se faire détester par tout le monde, même par leurs alliés les plus inconditionnels. Tous les trucages qu’imaginent les Américains sont démentis par les événements. »
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